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VERNE
Invité
12 04 2003 à 15 : 25
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NEMO en Trophée
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AHaaaa
Notre fameux capitaine est à la une , resurgissant des vingt millièmes
rugissants
• LE MONDE | 14.01.03 | 13h34
Le Trophée Jules-Verne prend l'allure de "Vingt Mille Lieues sous les mers"
Le bateau d'Olivier de Kersauson a été stoppé par un calmar géant, accroché à
son safran.
Parti de brest le 11 janvier à la conquête du Trophée Jules-Verne, le tour du
monde à la voile en équipage sans escale, Olivier de Kersauson a vécu, dans la
nuit du 12 au 13 janvier au large du détroit de Gibraltar, un épisode digne de
Vingt Mille Lieues sous les mers.
" J'étais sur le pont, à la barre, peu après 23 heures, quand j'ai ressenti
des vibrations anormales et fortes alors que nous progressions à 25 nœuds -46
km/h-, raconte-t-il.
J'ai d'abord cru que nous avions accroché une ligne ou un filet, mais le
bateau a été vraiment très ralenti. Impossible d'identifier d'où cela venait.
Avec des lampes, nous avons regardé à l'avant et à l'arrière et j'ai fait
affaler le gennaker -grand foc intermédiaire entre le spinnaker et le génois-
et la grand-voile pour ralentir le bateau." Dans le même temps, Didier Ragot,
le fidèle second d'Olivier de Kersauson depuis 1979, s'était précipité vers la
trappe qui permet d'observer sous l'eau les appendices du trimaran. Comme le
capitaine Nemo devant hublot géant de son salon dans le Nautilus, il a aperçu
un calmar géant.
"Au début, dit-il, il était bloqué sur le haut du safran et sur la coque, puis
il a fait descendre deux tentacules sur le bas du safran, qu'il a complètement
entouré au niveau des fences -ailettes stabilisatrices de 6 cm de large-. J'ai
cru qu'il les avait arrachées. C'était très impressionnant. Les tentacules
étaient aussi gros que mes bras avec le ciré."
Mal connus encore aujourd'hui, les calmars géants du genre Architeuthis vivent
dans les profondeurs des océans et pourraient attein- dre 20 mètres de long,
selon les spécialistes, qui se réfèrent aux cicatrices des ventouses sur la
peau des cachalots, à défaut d'avoir pu en capturer. Le plus grand
officiellement recensé - 16,80 m de long - s'était échoué à Terre-Neuve en
1878.
"LA HACHE, ET ENCORE..."
"Nous avons vraiment été très inquiets, avoue Olivier de Kersauson. Que faire
contre un animal aussi grand ? En quarante ans de navigation, je n'ai jamais
rien vu de pareil. C'est marrant, parce que nous en avions parlé avec Eric
Tabarly et Alain Colas quand j'étais sur Pen-Duick IV. On se demandait ce
qu'on ferait dans un tel cas. Eric disait : "Le seul système, c'est la hache
et encore...""
Dans le roman de Jules Verne, le calmar avait stoppé le Nautilus en bloquant
son hélice. Là, il s'est contenté de perturber l'écoulement hydrodynamique et
de déformer le tube de jaumière (tube qui contient la mèche du safran),
provoquant une petite entrée d'eau.
Mais, contrairement au capitaine Nemo et au chasseur de baleine Ned Land,
l'équipage de Geronimon'a pas eu à combattre le monstre marin au harpon et à
la hache d'abordage pour couper "sept des huit bras". Encore moins à déplorer
la perte d'un équipier "saisi par le tentacule et collé à ses ventouses".
Profitant du fort ralentissement du trimaran, le calmar est retourné vers les
profondeurs sans même sécréter le "liquide noirâtre" qui avait "aveuglé" Nemo.
"Je l'ai vu partir par l'arrière, raconte Didier Ragot. Je pense qu'il faisait
10 mètres."
Après cette rencontre insolite qui a duré un peu plus d'une heure, Geronimo a
pu reprendre sa route à près de 20 nœuds de moyenne (37 km/h) pour passer
Madère et se diriger vers les Canaries, où Olivier de Kersauson espère toucher
les alizés qui lui permettraient d'atteindre l'équateur dans les temps du
record, après sept ou huit jours de mer. "Tout va bien, concluait-il, mais je
n'ai pas du tout envie de poursuivre la vie du capitaine Nemo."
Gérard Albouy |
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